Ce qui nous saisit grandement, profondément, d’une édition à l’autre du Sommet pancanadien des communautés noires, c’est le déroulement de la parole, la charge de tant d’expériences, d’histoires, de réalités, dans toute leur pluralité. Surgissent et se croisent dans chacun de nos rassemblements des témoignages d’implantations et d’enracinements plusieurs fois centenaires au Canada; des parcours d’immigration, de déchirements dans l’exil ou d’arrivées plus récentes. Dans le timbre des voix et la force des mots résonnent des siècles de résistance, de luttes d’émancipation et de combats incessants contre le racisme qui demeure — nous ne cesserons de le dire et de le dénoncer — l’une des formes les plus persistantes et dévastatrices d’exclusion.
Nulle part nous ne pouvons baisser la garde devant ces agressions, manifestes ou insidieuses, qui s’infiltrent partout, jusque dans les dérives fréquentes des forces de police, dans le fonctionnement du système de justice pénale, dans les institutions publiques comme dans les entreprises privées, dans les milieux de travail, les mentalités, les perceptions, les non-dits, les attitudes et les comportements. Les nommer, les documenter, les combattre, c’est refuser leur banalisation. Nous exigeons que la dignité, l’égalité et l’équité cessent d’être des promesses différées.
Ce 5e Sommet pancanadien des communautés noires pour l’éradication de la discrimination raciale, qui se tient à Winnipeg du 18 au 20 septembre 2026, à l’invitation pressante du premier ministre du Manitoba, l’honorable Wab Kinew, que nous remercions chaleureusement ainsi que son gouvernement, sera de nouveau le lieu d’une impressionnante mobilisation de forces vives, d’expertises solides, d’énergies et de synergies portées par un profond esprit de solidarité.
Des leaders des communautés autochtones, elles aussi durement frappées par le racisme, par les séquelles d’une dépossession radicale et par l’idéologie persistante de la suprématie de la race blanche sur le reste de l’humanité, feront entendre leurs voix. Leur présence compte. Nos histoires ne sont pas identiques, mais elles nous enseignent combien la reconnaissance, la justice et la dignité exigent que nous sachions nous tenir, de manière exemplaire, les uns aux côtés des autres.
Pour la première fois également, des femmes noires de tout le pays, de tous les horizons et de toutes les générations, fières, fortes et déterminées, ouvriront un cercle de parole. Cette initiative, qui prend son envol à Winnipeg avec cœur et dans une vive attente de ce qu’elle fera naître, saura nous surprendre. Ce qu’elle produira, nous en sommes convaincus, méritera de s’inscrire dans la durée.
Plus de 600 jeunes, dès la première journée, donneront de nouveau à leur façon le coup d’envoi du Sommet et en établiront le ton, avec cette vigueur que nous leur connaissons. Leur sentiment d’urgence est palpable. Leurs impatiences nous interpellent. Leurs idées nous obligent à regarder plus loin. La jeunesse est le cœur battant du mouvement, et c’est aussi pour elle, avec elle, que nous devons accélérer le pas.
Nous tenons à remercier très chaleureusement l’honorable Uzoma Asagwara et l’honorable Jamie Moses qui, avec leurs équipes, ont accordé un soutien indéfectible au Sommet. Toute notre reconnaissance va également au conseiller municipal Markus Chambers, adjoint au maire de Winnipeg, dont l’appui a été des plus précieux. Nous disons toute notre gratitude à Angela Cassie, qui a présidé avec une remarquable perspicacité le formidable comité local d’organisation, ainsi qu’à toute la communauté noire de Winnipeg, anglophone et francophone, dont nous saluons l’engagement et l’immense travail entrepris pour accueillir ce Sommet.
Le programme que vous tenez entre vos mains abonde en sujets de réflexion essentiels, en expériences à partager, en stratégies d’action, certaines déjà à l’œuvre, d’autres qu’il nous faudra envisager et construire collectivement. Ateliers, plénières, séances de travail, prises de parole et performances artistiques, qui expriment ce magnifique pouvoir de l’art comme force de changement social, sont le fruit de recherches minutieuses et incessantes, de consultations fécondes, de propositions reçues, entendues et discutées et de recommandations retenues.
Derrière ce programme, il y a surtout une petite équipe profondément engagée, qui a imaginé, écouté, organisé et su tout coordonner avec une application remarquable, au prix d’efforts soutenus. Nous voulons saluer ainsi la très vaillante et créative équipe de la Fondation Michaëlle Jean. Le travail accompli est monumental et témoigne d’une conviction qui nous anime depuis le premier Sommet : rien de ce qui concerne les communautés noires ne doit se faire sans elles, car, au-delà des constats, elles sont riches de savoirs, d’expertises, de solutions et d’une formidable capacité d’action et de transformation.
À Winnipeg, nous poursuivons donc le chemin. Nous venons avec nos mémoires, nos blessures et nos victoires; avec l’expérience de celles et ceux qui nous ont précédés et l’audace de celles et ceux qui arrivent, toujours debout. Nous venons pour faire circuler la parole, confronter les idées, renforcer nos réseaux, consolider nos alliances et transformer les engagements en actions.
Car rien de ce que nous réclamons n’est que pour nous-mêmes. L’éradication de la discrimination raciale relève du bien commun. Elle touche à la société que nous voulons bâtir ensemble, à la qualité de notre démocratie, à l’élargissement de nos possibilités et de nos initiatives de développement et à notre capacité de faire pleinement droit à cette humanité et à ces valeurs que nous avons en partage.
Nous voici donc à Winnipeg, rassemblés, déterminés.
Reconnaissance. Justice. Développement.
Le mouvement est en marche. Nous ne reculerons pas.